Grand Ménage

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Victoria Horton

Grand Ménage

Bien plus qu’un agrégat suranné de souvenirs écrits à l’encre claire, ou qu’un “grand ménage” de deuil fait à l’occasion de la mort du père, le récit par fragments de Victoria Horton est le portrait d’un personnage et narrateur complexe, le roman d’aventures de sa langue.

Héritière d’un double exil, une petite fille tient dans ses mains inexpertes deux fantômes à l’écrasante majesté : l’Empire britannique, légué par un père au grand cœur, sorte d’anarchiste bourgeois qui oublie de lui en donner les clefs, et l’Algérie française, côté tennis et garden-parties, à la perte de laquelle elle voit sa mère assister dans la terreur et, prisonnière du silence d’une mémoire cassée, se replier dans le giron amer de l’extrême-droite catholique.
Faisant feu du bois qu’on lui propose à l’école, elle croit se fabriquer un destin par l’invention d’une patrie : Rome - et d’une langue maternelle imaginaire : le latin -, sans remarquer qu’elle a jeté son dévolu sur un autre empire écroulé. Du haut de ses douze ans, elle se figure barrer la route aux Barbares, relever Rome. Elle échoue, naturellement et croit sombrer corps et biens…
De cet héritage singulier, les récits entrecroisés de Grand Ménage dressent le bilan et la clarté de leur prose éclaire le chemin inattendu pris par leur auteur.

Nettoyage de printemps
Le grand ménage c’est, au propre, celui que fait la narratrice à la mort de son père, lorsqu’il s’agit d’aller débarrasser la maison qu’il habitait des objets hétéroclites qu’il y avait entassés, mais aussi des papiers et autres témoignages de sa vie passée.
Le grand ménage, c’est aussi au figuré, celui que cette même narratrice tente d’entreprendre dans sa tête et dans sa vie autour de ses ascendants, père et mère divorcés et remariés.
J’ai trouvé dans ces pages une qualité d’écriture maîtrisée, érudite, élégante et humble à la fois, avec tour à tour des flèches parfaitement décochées à l’encontre de la religion et d’une certaine bourgeoisie réactionnaire ; ou beaucoup moins acérées lorsqu’il s’agit de pratiquer une forme d’humour fin, l’humour anglais tout entier tourné vers la dérision — humour qui ne faillit jamais à remporter mon adhésion. […] Un excellent moment de lecture.

Easter zazieweb.fr 27 mars 2009

Grand Ménage est une série de textes autobiographiques où Victoria Horton nous parle de son père, avant tout anglais, un peu alcoolique, et d’une mère politiquement très à droite. Mais il y a aussi Margaret, la deuxième femme du père à qui l’auteure rend un hommage nécessaire. Autre personnage du livre, le latin, ce refuge pour une petite fille qui ne sait à quelle langue se vouer.
L’élégance de Victoria Horton se retrouve dans son style drôle et distancié, la langue est élaguée et tend vers un idéal. Grand Ménage est un livre qui, pudiquement, effleure la mort, un livre où la vie l’emporte avec cet espoir que l’amour éternel est possible, mais au-delà des mots, cette fois.

Marie-Aimée Ide France 3 Maine, 22 avril 2009
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Victoria Horton Victoria Horton

Victoria Horton

Victoria Horton est née à Paris en 1947 et a publié quelques textes en revue (NRF, Théodore Balmoral). Elle vit au Mans. Elle est l’auteur de Grand Ménage ...

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Victoria Horton, une élégance romaine
Peu d’écrivains sarthois peuvent se flatter d’avoir inspiré une demi-page dans Le Monde des Livres. Victoria Horton est de ceux-là avec Grand Ménage. « Je suis un artisan besogneux », confie l’écrivain, esquissant le parcours long et sinueux de ce récit, travaillé, raboté, élagué, pendant quinze ans. Ce n’est pas un hasard si Victoria Horton évoque le travail de l’ébéniste pour décrire les mots qui s’ajustent en une marqueterie méticuleuse. Construit autour de fragments, Grand Ménage creuse la mémoire du narrateur d’un réseau complexe de souvenirs. Le livre frôle ainsi l’enfance d’une fille née au détour des années cinquante d’un père anglais et d’une mère élevée dans une famille de colons attachée à l’Algérie française.
Sur ce terreau contrasté, le récit sculpte des portraits en taille pas toujours douce. Les mots précis claquent pour dire l’éducation négligée des filles, le poids des conservatismes ou les déchirements des exils et des arrachements. Prise dans ces corsets, la narratrice s’étourdit jusqu’à l’excès auprès des auteurs latins fréquentés avec ferveur. Victoria Horton se défend d’accorder son histoire à un cynisme romain : « Au contraire. Ce livre est un monument dressé à Margaret, un élan de tendresse. »
Sous la férocité parfois attendrie, ce roman révèle la musique très personnelle d’un écrivain exigeant.

Frédérique Bréhault Maine libre, 7 octobre 2009

« On ne parle jamais d’amour. »
La dernière phrase de ce récit, signé d’une auteur mancelle, est celle qui vient à l’esprit du lecteur tout au long du livre. Ecrit avec vigueur, distance, ironie parfois, il laisse cependant poindre un rien de tendresse acerbe pour cette enfance et cette jeunesse qui furent celle de la narratrice. Les phrases construites avec précision, longues parfois et pleinement maîtrisées, donnent au texte un charme ferme et joyeux, n’était l’histoire d’une enfant qu’on a bouleversée dans une vie familiale perturbée dans une période, celle de l’après-guerre des années cinquante et soixante, perturbée aussi.
Il s’agit de savoir maintenant ce que l’on fait de cette jeunesse-là, ce que l’on fait du corps d’un père qui vient de mourir après une vie fantasque, mais aussi des leçons de latin et de l’éducation stricte d’une jeune fille, comme des objets : fauteuil, peigne et tous impossibles trésors laissés.
On a voulu lui cacher le contexte, celui des textes latins, celui de la vie politique, celui de la vie familiale. Mais la narratrice, l’auteur fait un livre qui reconstruit l’ensemble, un livre réussi, vif et qui nous replace dans ces années de guerre d’Algérie, de vie intellectuelle qui prépare 1968 mais aussi d’extrême-droite catholique, le tout dans un monde qui change vite : « Vivre au XXe siècle, en somme, c’était comme vivre mille ans. »

Cathie Barreau Encres de Loire, La revue du livre en Pays de la Loire, Eté 2009, n° 48

Ecriture ample […] mélopée lancinante.